Expositions et collections particulières :
1991: Galerie Utopie, Lausanne, Suisse
1998: Géraldine Shantz, Bâle, Suisse
2006: Château de Vollore, France
2006: Galerie Casadeï, la Chaise Dieu, France
2008: Galerie Artmonti, Paris
2008: Jardin des cœurs, Thiers, France
2008: Salon d'Arts Plastiques, Marsac en Livradois
Galerie photos : accessible via le menu de droite.
Collections particulières: Suisse; Lausanne, Belgique, France
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Narcisse et le miroir du réel
La peinture, sans doute comme tout espace de réalisation artistique, a quelque chose à voir avec le moi de l'artiste, avec les structures archaïques de la personnalité, avec cet inconnaissable qui constitue le moi : "C'est ce que je porte d'inconnu à moi-même qui me fait moi." (Paul Valéry, Monsieur Teste). Et c'est pourquoi, si l'oeuvre est bonne, le paysage le plus banal, la nature morte la plus dérisoire seront toujours une sorte de formidable autoportrait, comme c'est le cas par exemple de la plupart des dernières oeuvres de Cézanne. Comme le miroir, l'oeuvre réussie est celle dans laquelle j'observe la réalité de mon image en éprouvant à la fois son indiscutable affirmation (je suis, j'existe) et sa perte : je m'y reconnais, et cependant je suis là-bas, derrière cette surface froide et inerte, séparé pour toujours de moi-même. Mais si toutes les figures de ma peinture renvoient bien à moi, c'est selon une formule qui, dans un tableau réussi, permettra aussi aux autres de faire le même trajet, à la rencontre de leur propre image et en faveur de la même affirmation et de la même déperdition. Inconnaissable ce qui fait l'oeuvre, la beauté, dans une énigme où reste inconnaissable aussi la nature de cette satisfaction que pourra susciter le spectacle du tableau. L'énigme est d'autant plus troublante que le tableau, dans sa puissance spéculaire, ne présente en général aucune analogie visible avec le corps du peintre ou celui du regardeur : c'est la réalité -- un ciel, un nu, un paysage, un portrait, une forme géométrique, des signes -- qui tient lieu de reflet à Narcisse. Ou plutôt, c'est la réalité de la peinture, à travers laquelle le monde prend conscience de sa réalité visible. En parlant de l'eau bleue du "Pont de Langlois", Artaud disait : "Le pont où l'on a envie de plonger le doigt dans l'eau, dans un mouvement de régression violente à un état d'enfance auquel contraint la poigne faramineuse de Van Gogh. L'eau est bleue. Pas d'un bleu d'eau. Le fou suicidé est passé par là et il a rendu l'eau de la peinture à la nature. Mais à lui, qui la lui rendra?". Et, pour "La Chambre à coucher de Vincent" : "ce fut sûrement de la faute de Van Gogh si le couleur de l'édredon du lit fut dans le réel si réussie, et je ne vois pas quel est le tisseur qui aurait pu en transposer l'inénarrable trempe, comme Van Gogh sut transborder du fond de son cerveau sur sa toile le rouge de cet inénarrable enduit." Et il est vrai que l'on ne pourra jamais plus voir un tournesol en nature sans le regarder à travers les yeux de Van Gogh. C'est la peinture qui rend visible la réalité. Klee disait, plus calmement, que le but de la peinture n'est pas de reproduire la réalité, mais de rendre visible le visible.
Pierre-Marc de Biasi